Le Piano

 



The original French version appears first and the English translation below it.


LE PIANO

Sur le clavier sanglote une dolente phrase,
Dans la maison la plus triste du quai désert;
Lourde l'eau, bas le ciel où le couchant s'écrase.

Phrase lente, elle conte une longue misère:
C'est un De profundis qui ne croit pas en Dieu,
Et supplie, en sachant le néant de son vœu.

Et l'on sent, reflétée en sa monotonie,
La monotone horreur de ce vide infini.

Monotones les jours de celle-là qui joue,
Et que l'Amour n'a pas d'assez de ciel comblé,
Ou qui, peut-être, songe à quelqu'un d'exilé
Là-bas, sur quelque mer monotone, ou mort fou
Des mépris expiés par celle-là qui joue.

Ah! Dans cette maison triste du quai désert,
C'est le Miserere de toute sa misère,
Au milieu d'un désert qui n'aura pas de manne,
Et que traversera seule, écho de Schumann,
Et que remplira seule, à jamais, cette phrase,
Morne comme le ciel où le couchant s'écrase!

Louis le Cardonnel, 1898.

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The Piano


On the keyboard sighs a plaintive phrase
In this saddest house, in deserted quays;
Heavy waters, low sky, a crushed sun’s rays.

She plays a Miserere, Adagio unrelieving,
A De Profundis, faithless, Godless, unbelieving,
Imploring; Desire’s well-known emptiness achieving.

One senses in its monotone reflected
Emptiness infinite and horror uninflected.

Monotonous the days of she who plays,
Neglected by Heaven; by Love unbeguiled,
Or, who dreams, perhaps, of one still exiled
Down there, on still seas, mad in his last days,
His death absolves the scorn of she who plays.

Ah! In this saddest house in long-abandoned quays,
Miserere; her sadness eternal, always
Adrift in a desert, far from all that’s human,
Forever without manna; lonely echo of Schumann
That alone fills forever, this plaintive phrase
Gloomy as this sky, this crushed sun’s rays.

Louis le Cardonnel, 1898.

(English trans. Sardonique Schadenfreude Rictus, 2006)