Oraisons Mauvaises
[Evil Prayers] 

Part 1 in the  " Beauty in Ugliness / Ugliness in Beauty" series

Vous êtes poète et critique, un du meilleur de votre époque (La Belle Époque, ironiquement). Vous êtes tenus dans haute estime publique, bien que vous possédiez (et publie) souvent vos opinions dangereuses par le "Mercure de France"; une des publications le plus importantes (esthétiquement) de l'âge. Soudainement, votre visage est défiguré horriblement par une maladie dans quelques semaines, qui, même jusqu'à aujourd'hui, n'a aucune cure connue: Lupus Erythémateuse Discoïde. Vous êtes empêchés de manger à vos restaurants et Cafés favoris, parce que votre visage (maintenant déformé hideusement) viderait l'établissement en quelques secondes seulement. Au sommet de vos pouvoirs créatifs, vous êtes exilés dans votre appartement sur la Rue de Saints-Pères, où vous survivez uniquement par votre stylo, en produisant poèmes, drames et critique de grande beauté, bien que vous soyez soudainement l'homme Le Plus Laid de Tout de Paris.

Vous êtes Rémy de Gourmont:

 

 

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You are a poet and critic, one of the best of your era (the Belle Époch, ironically). You are held in high public esteem, even though you possess (and publish) your dangerous opinions via the ‘Mercure de France’; one of the most important publications (aesthetically) of the age. Suddenly, your face is horribly disfigured by a disease in just a few weeks, which even in our own era (the 21’st century) has no known cure: Lupus Erythematosis v.Discoid. You are forbidden from eating in your favorite restaurants and cafés because your face (now hideously deformed) would empty any such establishment in just a few seconds. At the peak of your creative powers, you are exiled to your apartment in the Rue de Saints-Péres, where you live solely by your pen, producing poems, plays and criticism of great beauty, even though, suddenly, you’ve become the ugliest man in all of Paris.

 

You are Rémy de Gourmont:


 


 

 

Oraisons Mauvaises

 

 

I

 

Que tes mains soient bénies, car elles sont impures !

Elles ont des péchés cachés à toutes les jointures ;

Leur peau blanche s'est trempée dans l'odeur âpre des caresses

Secrètes, parmi l'ombre blanche où rampent les caresses,

Et l'opale prisonnière qui se meurt à ton doigt,

C'est le dernier soupir de Jésus sur la croix.

 

 

II

 

Que tes yeux soient bénis, car ils sont homicides !

Ils sont pleins de fantômes et pleins de chrysalides,

Comme dans l'eau fanée, bleue au fond des grottes vertes,

On voit dormir des fleurs qui sont des bêtes vertes,

Et ce douloureux saphir d'amertume et d'effroi,

C'est le dernier regard de Jésus sur la croix.

 

 

III

 

Que tes seins soient bénis, car ils sont sacrilèges !

Ils se sont mis tout nus, comme un printanier florilège,

Fleuri pour la caresse et la moisson des lèvres et des mains,

Fleurs du bord de la route, bonnes à toutes les mains,

Et l'hyacinthe qui rêve là, avec un air triste de roi,

C'est le dernier amour de Jésus sur la croix.

 

 

IV

 

Que ton ventre soit béni, car il est infertile !

Il est beau comme une terre de désolation ; le style

De la herse n'y hersa qu'une glèbe rouge et rebelle,

La fleur mûre n'y sema qu'une graine rebelle,

Et la topaze ardente qui frissonne sur ce palais de joie,

C'est le dernier désir de Jésus sur la croix.

 

 

V

 

Que ta bouche soit bénie, car elle est adultère !

Elle a le goût des roses nouvelles et le goût de la vieille terre,

Elle a sucé les sucs obscurs des fleurs et des roseaux ;

Quand elle parle on entend comme un bruit perfide de roseaux,

Et ce rubis cruel tout sanglant et tout froid,

C'est la dernière blessure de Jésus sur la croix.

 

 

VI

 

Que tes pieds soient bénis, car ils sont déshonnêtes !

Ils ont chaussé les mules des lupanars et des temples en fête,

Ils ont mis leurs talons sourds sur l'épaule des pauvres,

Ils ont marché sur les plus purs, sur les plus doux, sur les plus pauvres,

Et la boucle améthyste qui tend ta jarretière de soie,

C'est le dernier frisson de Jésus sur la croix.

 

 

VII

 

Que ton âme soit bénie, car elle est corrompue !

Fière émeraude tombée sur le pavé des rues,

Son orgueil s'est mêlé aux odeurs de la boue,

Et je viens d'écraser dans la glorieuse boue,

Sur le pavé des rues, qui est un chemin de croix,

La dernière pensée de Jésus sur la croix.

 

 

Rémy de Gourmont, Oraisons Mauvaises, 1900.


 


 

Evil Prayers

 

 

I

 

Blessèd by thine hands, for they are unclean!

At every joint lie secret sins unseen,

Their white nails beneath the lamp

Evoke hosts stolen beneath the white shadow of the lamp,

And upon thy finger, the captive opal’s gloss

Is the last sigh of Jesus on the cross.

 

 

II

 

Blessèd be thine eyes, for they are murderous!

They are full of chrysalides and ghosts diaphanous,

As in lifeless waters, blue at the bottom of grottoes green,

One sees sleeping flowers there, which are creatures just as green,

And this dolorous, bitter sapphire which fright now gleams across

Is the last glance of Jesus on the cross.

 

 

III

 

Blessèd be thy breasts, for they are sacrilegious!

They’ve bared themselves like spring bouquets prodigious,

Flowering for caresses, harvesters of lip and hand,

Roadside common flowers, touched by every hand,

And the jacinthe dreaming there, with air kingly, sad in loss,

Is the last love of Jesus on the cross.

 

 

IV

 

Blessèd be thy loins, for they are infertile!

They are as beautiful as lands of desolation; sterile,

The harrow’s blade found naught there, save clods red, rebellious,

The ripe flower there has only sown a seed rebellious,

And in Joy’s Palace, where this searing topaz does tremble and toss

Is the last desire of Jesus on the cross.

 

 

V

 

Blessèd be thy mouth, for its adulterous!

It has the taste of new roses, and of old earth noxious,

It has sucked the dark juices of flowers and reeds;

When it speaks, one hears the treacherous sound of reeds,

And this cruel ruby, all bloody and cold as the fosse,

Is the last wound of Jesus on the cross.

 

 

VI

 

Blessèd be thy feet, for they are immodest!

They are shod in whorehouse slippers, in feast-day temples pressed

Their heavy heels on the shoulders of the poor,

They’ve trod upon the purest, the sweetest, the utterly poor,

And the amethystine buckle, which holds your garter’s silken floss,

Is the last spasm of Jesus on the cross.

 

 

VII

 

Blessèd be thy soul, for it is rotten!

Fallen to the gutter, Haughty Emerald, soon forgotten,

Proudly mingling with the odours of the mud,

And I will crush into the glorious mud,

Onto the paved street, which is a way of the cross,

The last thought of Jesus on the cross.

 

 

Rémy de Gourmont, Oraisons Mauvaises (Evil Prayers), 1900.

[Traduction Anglaise : Sardonique Schadenfreude Rictus, 2007]